État d’être – un repère

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Kalaturru, Kurgarru étaient les gardiens des éléments de la vie. Ils sont descendus aux enfers pour élever la Reine du ciel d’entre les morts et l’ont escortée pendant son retour à la terre des vivants. Kalaturru et Kurgarru sont des guérisseurs sacrés qui distribuent les éléments sacramental de vie et offrent la résurrection et la renaissance des égarés.

Ni homme ni femme, homme et femme, ces créatures ont été créées par Enki, le Sage pour être les gardiens de la vie; pour sauver Inanna. En descendant vers le monde souterrain, ils répandirent le pain de la vie et de l’Eau de la Vie sur le cadavre d’Inanna.

Kalaturru – Esprit de la Terre; gardien de la nourriture de la vie

Kurgarru – Esprit de la mer et le lac et cours d’eau; gardien de l’Eau de la Vie

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Un être de lumière

Inanna, en ces temps reculés, était la Reine des Cieux. Enki le sage lui avait donné toute licence nécessaire pour régner sur les royaumes de l’amour, de la justice, de la féminité, de la fertilité. Elle était entourée de prêtresses et de femmes sacrées et du fruit de ses vignes coulaient les meilleurs vins. Mais Inanna avait une sœur, la Reine du Royaume des Ombres : Ereshkigal.

Un jour, Inanna s’en alla rendre visite à sa sœur, dans ce monde d’où personne ne revient. Ereshkigal la fit capturer et enfermer dans les grottes souterraines du monde des ténèbres. Inanna y tomba malade et sombra dans un profond sommeil. Aussitôt, les arbres sur la terre se mirent à dépérir, les fleurs à se faner et le monde terrestre plongea dans les rigueurs froides de l’hiver.

Enki créa alors une créature fabuleuse, un être lumineux qu’il façonna dans la poussière incrustée dans ses ongles (certains textes parlent cependant de plusieurs êtres). Cet ange de lumière, il le nomma Asushunamir, le brillant, l’étincelant, le resplendissant. Asushunamir, cependant, n’était ni homme, ni femme et était homme et femme. Il possédait le privilège d’appartenir aux deux genres à la fois.

Le superbe être de lumière descendit à son tour dans le royaume des ombres. La Reine Ereshkigal tomba aussitôt sous son charme, tant il est vrai qu’il était la plus belle créature jamais créée sur cette terre. Elle lui offrit du vin et des mets succulents. À la vérité, elle rêvait de régner avec lui sur le royaume des morts et de le coucher dans ses draps. Mais Asushunamir prit soin de ne pas toucher une seule miette des plats qu’elle proposait et n’avala bien sûr aucune goutte de vin. Ce qu’il voulait, disait-il, c’était goûter à la source de vie. Une eau si miraculeuse qu’on disait qu’elle pouvait ressusciter les morts et donner la vie éternelle. Ereshkigal était si désireuse de combler tous ces vœux qu’elle ordonna aussitôt qu’on apportât une cruche de cette eau merveilleuse.

Plus tard, alors qu’elle s’était endormie. Asushunamir s’empara de la cruche et chercha la cellule où gisait Inanna. Il la trouva. La déesse reposait, froide et blanche sur la roche de la grotte. Il l’aspergea alors de l’eau miraculeuse et aussitôt Inanna revint à la vie.

Ausushunamir l’aida ensuite à se relever. Ensemble, ils remontèrent les 7 escaliers terrifiants qui relient les enfers au monde vivant. Quand Inanna déboucha à la lumière du jour, les arbres se redressèrent, les rivières se remirent à couler, les fleurs à bourgeonner, et les animaux à frayer. Avec elle, le printemps balayait à nouveau le pays de ses forces vivifiantes. Inanna était sauvée. Le monde entier revenait à la vie.

Quand Ereshkigal se réveilla, elle entra dans une colère terrible. Asushunamir n’était pas encore arrivé, lui, à la lumière du jour. Il avait encore un talon sur les marches de l’enfer quand il fut frappé par un sort lancé par la terrible sorcière :

— Tu ne mangeras que la fange des égouts, tu ne boiras que l’eau des caniveaux. Tes proches te haïront et te mépriseront. Les gens n’auront de cesse de vouloir te détruire. Je te condamne à te cacher éternellement et à vivre dans l’ombre.

Asushunamir reçut le sortilège de plein fouet et jeta un regard désespéré à la déesse qu’il venait de sauver. Autour d’eux, le printemps gonflait déjà toute la terre de sa magie puissante et vivifiante. Inanna se pencha sur celui qui venait de le sauver, cet homme-femme scintillant, porteur de tellement de lumière. Elle ne pouvait rien faire pour annuler le charme lancé par sa sœur, mais elle pouvait, au moins, l’adoucir, l’arrondir, le rendre moins pénible :

— Oui, c’est vrai, ceux qui comme toi, préfèrent les hommes, femmes sacrés et voyageurs d’entre les sexes, les genres, subiront le courroux de leurs proches. Ils seront considérés comme des étrangers dans leur propre maison. Leurs familles leur diront de se cacher et ne leur accorderont aucune aide. Les ivrognes vous frapperont. Et les puissants vous enfermeront. Mais si tu te souviens que tu es né des étoiles et que tu m’as sauvée des ténèbres, je ferai de toi et de ceux comme toi mes enfants favoris, mes prêtres, mes prêtresses. Je te donnerai la connaissance magique des puissances de la terre et de la lune. Tu auras le pouvoir de guérir. Tu sauveras mes enfants comme tu m’as sauvée, moi. Et lorsque tu revêtiras mes charmes, je danserai avec toi par tes pieds et je chanterai par ta bouche. Aucun homme, aucune femme ne résistera à tes enchantements. Quand la cruche de l’eau de vie sera ramenée sur la terre, les lions s’enfuiront et tu seras libéré du charme qu’Ereshkigal t’a lancé. À nouveau, vous serez, toi et les tiens, les Asushunamir, les êtres éclatants, ceux qui sont venus renouveler la lumière, ceux qu’Inanna a bénis.

En lisant cette légende, on ne peut s’empêcher de ressentir une impression de déjà-vu. Des pères en proie à la colère, des mères en larmes, des portes qui claquent. Des compagnons mis à la porte. Et surtout le placard. Ceux qui se taisent, qui font tout ce qu’ils peuvent pour que « cela » ne se voie pas et qui s’inventent des fiancées imaginaires. Des familles qui refusent de voir « l’étranger de la famille », celui qu’elles ne voudront jamais accepter comme étant le compagnon ou la compagne. Des fuites à l’anglaise parce que « les beaux-parents arrivent ». De sombres histoires d’héritages. Bref, toute cette mélasse à laquelle ils, elles ont dû s’habituer pendant des siècles, et même des millénaires. Se cacher. Se taire. Passer toujours en second plan. Choisir entre une carrière prometteuse et une relation affective assumée. C’est cette vie d’ombre, de honte et, parfois, de misère qui a été leur lot pendant longtemps et qui le reste en bien des lieux de la planète.

Asushunamir, le brillant, est vu comme étant à la fois masculin et féminin. Est-il un « deux-esprits » comme on en voit encore dans bien des civilisations primitives ? Est-il une représentation stéréotypée ? Certains néo païens le pensent. Le placard ne serait que la geôle où la déesse des ombres a enfermé Asushunamir. Pas une geôle comme on l’imagine, mais une prison plus terrifiante encore : un exil éternel, un bannissement perpétuel. Tous ceux, toutes celles qui sont pareils à lui seront chassés de leurs familles. Étrangers n’importe où. Mais que veut dire ce « comme lui », ces « semblables » si ce n’est ce qui semble si évident quand on y songe vraiment ? Sommes-nous les fils et les filles spirituels d’Asushunamir ? Ne sommes-nous pas soumis à la même condamnation que lui ?

Le fait qu’Asushunamir soit à la fois mâle et femelle n’est pas sans évoquer le « double esprit » des anciens peuples. Mais il peut également signifier que ses « semblables » appartiennent à la diversité sexuelle humaine.

On peut aller plus loin encore en évoquant cette merveilleuse bénédiction qu’Inanna prononça afin de le sauver. Dans ces images de danse et de chants, on ne peut s’empêcher d’imaginer les ponts entre les sexes que chaque personne incarne. Un parfum de spectacle, une ambiance chaleureuse imprègne les mots de la déesse : « Lorsque tu revêtiras mes charmes, je danserai avec toi par tes pieds et je chanterai par ta bouche ».

Il est un autre peuple cependant que l’on affirme parfois être les descendants d’Asushunamir. Il s’agit des fées. Des êtres mythiques avec lesquels nous partageons beaucoup de choses en effet. Ce sont des créatures de l’ombre, dont le travail est de plus en plus oublié, voire méprisé. Êtres de l’invisible, on les craint tout autant qu’on ne les respecte. Elles aiment la danse et les chants qui sont, pour elles, magiques.

Mais n’est-ce pas de « faeries » qu’on les qualifie parfois dans les pays anglo-saxons ? N’est-ce d’ailleurs pas par ce mot qu’un mouvement d’hommes spirituels s’est nommé de lui-même : les « Radical Faeries » ? Ce n’est pas un hasard. Les fondateurs du groupe se sont bien intéressés à cette similitude en le créant.

Que ce soit des fées ou d’eux qu’il est question quand on évoque la succession d’Asushunamir, finalement, cela importe peu. Le destin des uns et des autres est peut-être lié. Eux et fées en ressentent le même rayonnement. Nous sommes issus de la brillance de l’ancien dieu. Certains parlent d’esprits pour le qualifier, disant même qu’il n’y avait pas un seul Asushunamir mais plusieurs. C’est bien possible mais cela n’enlève rien au propos.

Le mythe illustre bien à la fois cet aura de prestige dont ils bénéficient, en même temps que le marasme où l’histoire les a plongés depuis très longtemps. Respectés et maudits. Étrange contradiction qui se retrouve d’ailleurs dans de nombreuses traditions.

Mais le dernier détail, et sans doute le plus important, est le pouvoir qu’Inanna offre à Asushunamir. Grâce à elle, il devient guérisseur. Ce mythe, quand on le regarde, parle de la succession des saisons. Nombre d’anciennes religions font référence à des divinités solaires ou à des déesses de fécondité de passage par le royaume des ombres. Qu’on songe à Perséphone par exemple, ou même à Ra. Qu’il s’agisse d’évoquer le cycle des saisons ou le rythme des jours et des nuits, cet enfermement, ce séjour en enfer fait partie intégrante de bon nombre d’anciennes mythologies. Inanna ne fait pas exception à la règle. Son voyage dans le monde des ténèbres se combine à la venue de l’hiver. Mais on le sait, l’hiver n’est jamais éternel, et il se trouve toujours un héros ou un dieu pour tirer des ténèbres la déesse prisonnière. Ainsi en est-il d’Asushunamir. C’est lui qui sauve Inanna de sa perdition. C’est lui qui rétablit le bon ordre des saisons. Pour ceux qui prétendraient qu’ils perturbent l’équilibre du monde, voici un mythe qui annonce le contraire. Nous sommes juste nécessaires à la beauté du monde.

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